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Le
pavillon des enfants fous.
Voilà
un article sur "Le pavillon des enfants fous".
Bien que je ne sois pas du tout du même avis que l'auteur, je le mets
cependant.
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Il
s'agit d'un cas d'anorexie mentale narré par la patiente elle-même.
Internée à l'âge de treize ans, Valérie passa quatre mois dans
le "pavillon des enfanst fous" d'un hôpital psychiatrique.
Deux ans après, pour se délester du fardeau insupportable de ses
souvenirs, elle écrivit le présent récit:
"
J'ai crié en silence pendant deux ans. En violence pendant trois
semaines; le temps de déverser toute ma haine sur les touches
d'une machine à écrire."
(p.235).
Rien à
voir donc avec une analyse clinique pas plus d'ailleurs qu'il
ne s'agit de se décharger d'un poids qu'on a sur le coeur, car
la virulence des sentiments, la brutalité à vif des impressions
appellent d'autres références. Valérie crache littéralement
son venin - en enlevant à cette expression la part de culpabilité
qu'elle recèle habituellement- ; elle essaie de vomir jusqu'au
ressentiment initial qui, en la coupant d'autrui, la poussa
à se détruire et déclencha le processus de la maladie. C'est
la description d'obsessions haineuses, d'un mal de vivre qui
n'a rien du spleen baudelairien, mais vous prend aux entrailles
et communique d'une certaine manière au lecteur l'atroce des
souffrances physiques ressenties pas l'adolescente.
"
Essayez d'imaginer. Vous ne le voulez pas ? Pourquoi lisez-vous
alors ? Je veux me dépêcher de ressortir de ce cauchemar reconstitué,
il me poursuit dans mon sommeil, le matin j'ai peur de ne pas
trouver la machine à écrire, mais seulement le mur d'hôpital
reconstruit... Je ne peux plus m'arrêter maintenant, l'hypnose
n'est pas finie, ce serait horrible de rester dans ce cauchemar...
Imaginez ou arrêtez de lire, je sais, mes mots ne sont pas comme
je le voudrais... Je voudrais qu'ils laissent un goût amer de
révolte, qu'ils vous sautent au visage comme autant de tortures
inhumaines... Mais voyez-vous, je ne sais pas, c'est seulement
sincère, peut-être rancunier et horriblement maladroit"
(p.190).
Ainsi
prévenus, on peut aborder cette lecture au vitriol qui introduit
dans les abysses d'un être désaffecté des autres comme de soi,
en proie aux démons de la solitude, de la haine sauvage de tout
entourage et vouée à la destruction progressive. Elle se sent
larve:
"
Je vais de miette en miette, je végète de jour en jour à travers
l'univers des sans-énergie, des sans-appétit, des sans tout
ce que vous voudrez"
(p.73).
Elle a
horreur de cette garce de vie qu'autour d'elle
on veut protéger à tout prix. Pourquoi ? Pour leur sale
bouffe, leur sale baise, leur sale
puissance qu'ils veulent à toute force vous maintenir
dans leur monde foutu ? On s'imagine difficillement
jusqu'où les adolescents peuvent pousser le refus de l'environement:
"
Ce n'était pas mon rôle d'accepter le monde tel qu'il était,
je n'en voulais pas ainsi"
(p.75).
Pas plus
qu'on entre dans la logique de leur descente au suicide:
"
J'espère qu'ils vont au moins me laisser mourir comme je veux...
Je sais que la torture consiste à vous faire vivre malgré vous.
N'est-ce pas plus terrible que de vous dérober la vie lorsque
vous désirez la garder ? Je n'ai pas demandé la vie, je n'en
veux plus. Maintenant j'ai le droit de choisir. Je n'y peux
rien si ma mère n'a pas utilisé les contraceptifs. C'est normal
que je détruise ce que mon " père" et ma "mère"
ont créé. Ils disent l'avoir fait pour moi, alors, pourquoi
ne me laissent-ils pas choisir maintenant ? Ils se foutent pas
mal de ce que je pense, ils veulent garder leur "chose"
et puis ils ne voudraient pas avoir à feindre le chagrin qu'ils
n'éprouveraient pas. On accusera les circonstances, l'ingratitude
des adolescents, l'inconscience propre à cet âge, mais personne
ne croira qu'un parent quel qu'il soit ne puisse ne rien éprouver
envers son enfant"
(p.21-22).
Sans doute,
ses parents vivent-ils séparés, l'un avec ses maîtresses, l'autre
avec ses amants.
" Elle est hypocrite, aveugle, névrosée et sans énergie.
Lui est traître, menteur, schizophrène, obsédé sexuel, frustré
..." (p.59).
Ne viennent-ils pas à son chevet se salir mutuellement par elle
interposée ?
"Moi
je compte pour du beurre rance. Ils viennent se décharger dans
ma chambre l'un sur l'autre. Ils imaginent leur ennemi ici le
lendemain et lui adressent dès à présent les insultes dont,
demain, ils ne pourront pas l'accabler. Je suis à la fois le
catalyseur, l'intermédiaire, l'oeuf pourri..."
(p.202).
Même excessif,
le réquisitoire est éclairant et explique, au moins pour une
grande part, l'origine du mal. On reste néanmoins frappé par
la véhémence de détestation qu'il engendre vis-à-vis du genre
humain entier et plus particulièrement à l'égard du personnel
hospitalier. Une seule soignante trouve un moment grâce aux
yeux de la jeune fille. Au cours d'une confidence, elle note
cependant:
"Je
veux tout dire, et je m'aperçois que je ne pourrai jamais être
vraiment objective, bien que je reconnaisse que ce sont "eux"
qui m'ont "sauvée" d'une mort certaine. Ils m'ont
soi-disant guérie, mais je suis toujours révoltée, cette femme,
ma mère n'a pas disparu de mes pensées. Quanr à mon équilibre...
Je suis restée là-bas, dans la chambre vingt-sept, avec mes
refus, avec ce mal de vivre. Et je crois bien que je n'arriverai
jamais à m'en sortir"
(p.85).
Pour échapper
à l'enfer du "pavillon des enfants fous", elle a fini
par manger, par grossir, par sortir. Ses premiers contacts après
son retour à la vie normale ne furent guère aisés; elle a cependant
accepté de continuer à vivre, mais quelle patience ne lui faut-il
pas avec les autres, avec le monde, avec elle-même. Une note
de l'éditeur nous dit qu'aujourd'hui, àgée de seize ans, elle
est en classe terminale dans un lycée parisien.
Le texte
de Valérie Valère constitue avant tout un témoignage dont la
subjectivité et l'intériorité sont les dominantes. Il serait
par conséquent abusif d'y voir un pamphlet ou un réquisitoire
quelconque contre tel ou tel-pas plus que la généralité- des
institutions psychiatriques où la condition tant des patients
que des praticiens ou de leurs aides est toujours malaisée,
pénible et ingrate. Les accusations comme l'optique de l'auteur
sont celles d'un malade, captive des rêts d'une psychose affreuse
à prendre conscience, à mieux comprendre et à compatir en connaissance
de cause. Rien ne paraît plus terrible que d'être saisi tout
entier par la haine et dévoré peu à peu par cet impitoyable
fléau qui n'est toujours que l'envers d'un amour étouffé.
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NOTICE
BRÈVE
La chronique
bouversante d'une adolescente atteinte d'anorexie. Ce
texte de haine contient un appel désespéré à l'amour.
Peut traumatiser certaines sensibilités fragiles.
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Référence
de cet article
:
"Indications"
COMMISSION DE LECTURE DE LA J.I.C.F.
Rue du Marteau, 19- 1040 Bruxelles.
Retour
Malika
ou un jour comme tous les autres(1)
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Quelques
mois à peine après avoir publié Le pavillon des enfants fous
où elle consignait le souvenir de son internement, Valérie Valère
sort un roman. Elle a dix-sept ans... Est-ce sous l'impulsion
de son éditeur ? A-t-elle été épaulé par quelque nègre ou - pour
éviter l'accusation de raciste - par un "rewriter" -
pardon pour le franglais ? Mais l'écriture apparaît tellement
spontanée, le comportement des personnages concordés à ce point
avec le personnage décrit par son autobiographie qu'il semble
plus juste d'en appeler à une efforescence d'inspiration. A l'écrit
qui l'avait une première fois aidée à se délivrer de ses chaînes
et de ses fantasmes, elle recourt à nouveau, peut-être, comme
à une sorte d'exorcisme.
Son livre se lit d'un trait; elle s'est d'emblée forgé un style.
Bref, incisif, ensemble écorché et agressif, il porte le lecteur,
l'entraîne au fil de l'aventure comme un canoë sur les ailes du
courant:
"
Je m'arrête devant les marches toutes brillantes d'étoiles...
Je me demande si Wilfried a vu toutes ces choses qui me retournent
encore le coeur... J'ai envie de pleurer ou de crier mais je
sens bien que personne n'entendra, que personne ne verra...
Je sais bien que ce n'est qu'un rêve, un rêve à moi et que Wilfried
ne sait pas, ne peut pas savoir ne peut pas comprendre pourquoi,
soudain, il y a de petites étoiles, comme celles des escaliers,
partout sur mon visage qui coulent du coin de mes yeux et s'étalent
sur mes joues comme des brûlures... Il me serre dans ses bras,
me réchauffe le dos... Je sens ses lèvres, elles sont vraiment
douces, oui, il me donne ses lèvres aussi, il me donne tout
ce qu'il a, la nuit nous attrape, il fait froid et noir mais
le corps de Wilfried est chaud et ses yeux brillent.Pour moi.
Pour que le rêve parte et s'écrase réellement pour toujours
sous les roues de l'horreur"
(p.276-277).
"Chouette,
vachement, débile, minable" reviennent à l'envi, mais la
répétition est typique du discours adolescent et s'il y a plein
de cons et de merde, que de perles parmi cette fange, de notes
justes parmi ces érucations: «Alors, j'oublie un peu ma mélancolie
à la noix, je cherche dans mes jambes en coton l'énergie qu'il
se doit». La précision de certaines notations - «Mal
au coeur. Pas envie de vomir, mal au coeur. Pas pareil. Comme
si quelqu'un avait farfouillé dans mon ventre. Ça remonte jusque
dans ma tête.Comme un virus» -, répond aux sensations prises
sur le vif:
"Elle
est peut-être laide mais elle me touche, elle m'attendrit. Je
lui ai dit qu'il fallait mettre du citron sur ses taches de rousseur
pour qu'elles disparaissent et ce jour-là, elle m'a presque sauté
au cou tellement elle était contente."
La lucidité est celle de l'enfance mais quelle gravité dans le
réflexe moral:«C'est dingue comme on peut être de mauvaise
foi quand on a peur de ce qui se passe en soi-même». Surtout
dans le registre amoureux, car c'est bien d'une histoire d'amour
qu'il s'agit.
Malika
a dix ans, son frère Wilfried dix-sept. Leur mère est morte,
il y a longtemps; entre deux avions, leur père parachute en
abondance les billets de banque qui leur permettent de vivre
à leur guise dans le spacieux appartement où ils résident. Une
gouvernante fait partie du mobilier qu'ils changent selon leur
bon plaisir. Tous deux sont aux études, mais leur vraie vie
est ailleurs, elle se confine dans le duo fatal et fascinant
qu'ils forment. Comme un lierre ou comme un serpent, Malika
s'enroule autour du tronc fraternel.
Dès l'entrée
en matière, on est fixé sur un point, il y a rupture entre le
monde des adultes et celui des adolescents d'où sont éjectés
sans appel tant les parents fantômes que les maîtres dérisoires.
"Wilfried et moi, on n'apartient à personne, ni aux
jours, ni aux maisons, ni aux gens et on devient fous quand
on le veut, aussi souvent qu'on le veut..." (p.255).
Le milieu
ressemble étrangement à celui du Pavillon des enfants fous,
à la différence que le binôme remplace ici le monôme du livre
précédent:
« Une porte qui s'ouvre sur une solitude et un amour à deux,
un grand mystère dans ce regard vert » (p.186).
Le récit
se compose d'une suite de chapitres où, alternantivement, chacun
des partenaires fait part de ses impressions, réfléchit à l'évènement,
s'interroge sur les cheminements de l'aventure unique en germination
en lui et en eux. Comme une fleur, comme l'inquiètant nénuphar
qui grandissait dans la poitrine de Chloé, l'héroïne de L'Ecume
des jours de Boris Vian auquel Malika fait plus d'une
fois penser.
Comme
dans ce dernier ouvrage, la réalité décrite est seconde, c'est-à-dire
que, malgrè les multiples détails concrets qui donnent l'illusion
des apparences, l'itinéraire est intérieur, fantasmatique. Les
haillons de la médiocrité quotidienne habillent un rêve émerveillé
qui se dénoue en cauchemar dont le réveiléclate dans l'au-delà.
« J'ai enfin trouvé la sortie du labyrinthe des vies mortes
» (p.317).
Tandis
que Malika se sent de plus en plus polarisée par son frère Wilfried,
celui-ci prend conscience de la présence envahissante de sa
soeur. Des notations parallèles enregistrent la gradation de
leurs sentiments respectifs.
Lui: " C'est terrible, elle veut toujours que je pense
à elle " (p.8).
Elle: " Et moi, je ne veux pas qu'il aime quelqu'un d'autre,
je veux qu'il soit avec moi" (p.19).
Lui: "
Elle est tout de même possessive"(p.57).
Elle: " Ça ne me plairait pas de partager Wilfried avec
quelqu'un "(p.45)...
" C'est vrai, je n'aime pas quand il est triste. J'ai
l'impression qu'il ne m'aime plus puisque s'il m'aimait il serait
heureux quand je suis avec lui. Moi, je ne suis jamais triste.
Je sais qu'il m'attend" (p.85)...
« mais
lui, je ne veux le donner à personne» (p.148)
Chez elle,
une certitude contagieuse tandis que lui, en s'enfermant progressivement
dans ses rêts, hésite, temporise, s'inquiète parfois avant de
s'abandonner.
"Je
me suis dit qu'en fin de compte il valait mieux rester un inconditionnel
des «relatiosn humaines» jusqu'au moment où je trouverais quelqu'un
de vraiment chouette. Et pour l'instant, ce quelqu'un c'était
Malika"(p.75).
Il tente
même une échappée en draguant Hélène, une femme plus âgée, mais
« je savais bien qu'Hélène ne m'aimait pas vraiment et que
Malika, elle, n'aimait que moi » (p.99). Et cet incident
les rapproche:
"
Je l'ai embrassée sur le front en la serrant contre moi pour
être bien sûr qu'elle était revenue. Elle m'a entouré avec ses
bras, elle a enfoui la tête dans ma poitrine et elle s'est mise
à pleurer. On était là, enlacés sur le palier, comme des immigrants
sans travail... Non, je ne me moque pas. Je fais semblant de
me moquer pour que vous ne puissiez plus le faire"
(p.135)
Et la
soeur devient la femme:
"
Elle a choisi le compromis entre les adultes et les enfants.
Elle a pris le charme de chacun et a laissé leurs défauts. C'est
ça qui me plaît, on ne peut pas la définir, pas la classer,
elle s'échappe tout le temps... Alors elle s'en va avec moi,
je ne sais où, quelque part où tout est noir et beau, elle me
prend la main et regarde là-bas les mots inconnus qu'on n'a
pas encore découverts et qui nous attendent"
(p.265-266).
Et la
communion des corps s'accomplit dans une sorte de pureté effrayante,
avec tant de bonheur et une telle tristesse.
« Je ne comprends pas» dit Wilfried, « Je ne sais
pas». Tandis que Malika note un peu après:
"On a changé de rôles, maintenant ce n'est plus moi
qui rêve... maintenant, c'est moi qui me lamente sur la réalité"
(p.283).
Les voilà dans l'impasse; ils veulent faire sauter le réseau
des contingences. Délaissant l'école, ils fuient Paris pour
se réfugier dans une résidence du Midi où les gendarmes les
trouvent. Le père tance son fils qu'il fait enfermer; Wilfried
se suicide et Malika se jette sous une voiture:
"Un
grand bruit, un grand choc qui m'arrache les entrailles. Je
n'ai plus de corps. Un dernier cri déchirant d'angoisse... Un
dernier au revoir... le sang coule, coule comme une mer, comme
un fleuve d'horreur, maintenant, je connaîtrai la joie, nos
deux regards, nos deux corps se sont fondus en un seul. Nous
nous sommes enfin trouvés" (p.319).
Si ce
point d'orgue a quelque résonance romantique, pour peindre l'amour
interdit, Valérie Valère a choisi le ton de la simplicité, simplicité
teintée d'humour et de fragilité. La fragilité du songe qui
franchit les tabous, vogue tel le bateau ivre vers l'impossible
idéal, assumant ainsi cette part délirante de la fine point
de l'âme aimantée par l'absolu dérisoire ou divin.
Dans un
premier roman, Valérie Valère crachait la haine qui la menait
à la folie comme on vomit un poison mortel, cette fois elle
investit dans l'interdit de l'inceste toute sa soif d'être aimée.
Quand aura-t-elle fini de conjurer ses démons ? Patience, puisque
du vide de la négation et de l'enfer des autres, elle a déjà
passé au «vert paradis des amours enfantines».
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NOTICE BRÈVE
Une romancière de dix-sept ans décrit l'amour d'une
enfant de onze ans pour son frère.
Livre simple et attachant, à décrypter.
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Référence
de cet article
:
"Indications"
COMMISSION DE LECTURE DE LA J.I.C.F.
Rue du Marteau, 19- 1040 Bruxelles.
Retour
Malika
ou
un jour comme tous les autres(2)
Voici
enfin un journaliste qui clame le talent de Valérie.
"Voici, surgi parmi la floraison du printemps,
un grand livre de l'adolesence. Un de ces miracles qu'on attend
sans oser espérer. Car cet âge de grands tourments est si souvent
revu dans l'âge mûr, trahi par la mémoire, bercé par la complaisance
du souvenir, que les évocations ou la nostalgie se grise de ses
propres erreurs ne sont plus, bien souvent, que les maillons d'une
chaîne, toujours la même: exploitation d'un thème quand les mots
ont vieilli, comme s'appesantit la main qui les écrit. Le privilège
de Valérie Valère est d'écrire in vivo.
Nous découvrons un langage de seize ans, duquel découle une pensée
qui ne doit rien qu'à cette spontanéité mystérieusement savante
qu'on appelle le don. Où la gourmandise est assouvie au jour le
jour. Et la douleur, vécue sans concessions. Les héros de Valérie
Valère -Wilfried, 15 ans, et Malika, 10 ans- vivent leur opulence
dans un pauvre univers d'exeption. Orphelins de la richesse, frère
et soeur qui ont du mal à se rappeler qu'ils ne sont pas le fruit
de la génération spontanée, insouciants gaspilleurs de l'argent
qu'on leur dispense pour vivre, d'une main lointaine... Naufragés
acclimatés au grand appartement qu'une femme de ménage le plus
souvent invisible ne gouverne même pas, ils se livrent avec passion
à leurs discours, à cette immense inquiètude sans laquelle il
n'y a pas d'amour.
Corps et coeurs épurés, prisonniers peu convaincus et peu
contraints du carcan de l'école, ils se laissent porter par
la musique de l'inceste avec la soif d'absolu qui est la marque
des coeurs nobles. Le héro Wilfried renonce très vite à une
belle femme tentatrice parce que l'image de Malika, visage et
corps, s'y superpose, plus invincible à que le corps de l'enfant
Malika se libère, se découvre, étranger à tout ce qui n'est
pas l'évidence de l'amour. Long et souvent douloureux enchantement,
qui porte en lui sa perfection, se nourrit de son inéluctable
mort. Wilfried et Malika vivent leur amour à travers les mots
qu'ils découvrent, et à travers ceux qu'ils ont trouvés dans
les livres des autres. Une commune force les guide au travers
de cette jungle des sentiments tout faits. S'ils gaspillent
Cocas et gâteaux, dans cet appartement pour nantis où règnent,
à défaut de famille, le perroquet et le chat, c'est parce qu'ils
n'ont d'autre soif, d'autre faim, que de connaître enfin leur
sort, comme un trop impatient lecteur court à la fin d'un roman.
Au delà de l'émotion, audelà de la caresse sensuelle que
mes mains d'adulte sont indignes de dédier aux corps de Wilfried
et de Malika, je savoure, émerveillé, le plaisir si rare de
découvrir un écrivain. L'extrême jeunesse de Valérie Valère
ne rappelle pas le souvenir de la petite musique bien orchestrée
de Bonjour tristesse. La voix de Valérie Valère s'impose,
grave, belle. Sa perfection me met mal à l'aise, me jette, tout
bête, à la recherche de l'absolu. Cavalcades au travers d'une
journée trop pleine, longs moments creux où se distille l'essentiel,
où se balbultie l'indicible...
Malika écrit:
«Tout le monde trouve que je suis trop
perfectionniste et moi je pense que ce sont les autres qui ne
font jamais les choses jusqu'au bout. Ils semblent n'attacher
d'importance à rien. Ou alors, ils trouvent ça bassement matériel
de s'intéresser comme je le fais à une vulgaire Carolyn cup.
Mais ce n'est pas simplement une glace. C'est ce que donne Wilfried.
Il voudrait me donner ses yeux et son corps et son coeur, mais
comme il ne le peut pas, pas réellement, il me les donne en
m'offrant une glace. Dans leur langage élaborée, ils appellent
ça un « symbole ». Moi, je n'aime pas ce mot. C'est un mot qui
appartient aux autres.»
Vivre au rythme des héros de Valérie Valère, ce n'est pas
fuir le monde, c'est reconnaître, une fois pour toutes, qu'on
le prend trop en considération. Vous et moi, nous avons lu,
autrefois, un livre dont les pages ont été tournées trop vite.
Il ne s'agit pas de regretter quoi que ce soit, puisque nous
avons décidé une fois pour toutes de tenter de vivre, comme
après un coup de vent du cher Paul Valéry. N'étionsnous pas
programmés pour ça, après tout ?
Wilfried écrit:
«J'avais l'impression d'être menacé,
poursuivi, il fallait qu'on se dépêche d'atteindre notre but,
notre solitude, notre bonheur. Rien ne devait nous en empêcher.
Rien, et surtout pas le temps qui nous guettait du coin de la
rue et nous sauterait dessus si nous le laissions avancer sans
réagir.»
Bien sûr, je ne peux m'empêcher d'essayer de deviner Valérie
Valère à travers Wilfried et Malika. De page en page, j'écoute,
j'observe, je réfléchis, puis j'abondonne, je me laisse porter
par l'alternance des voix d'une enfance qui s'affirme, de mot
en mot, plus loin de moi. Il me semble que j'ai écrit, naguère,
des fragments de ce livrelà. Je la suis pas à pas, Valérie,
dans ce Paris que la gamine Malika connaît déjà comme sa poche,
Malika, l'oiseau, tandis que Wilfried lutte contre la passion
de l'oiseleur. Ni Malika ni lui ne savent encore le poids des
habitudes qui contraignent, telles les étapes d'une malédiction,
à se raccrocher à la vie. Êtres élémentaires, élaborés comme
malgrè eux au sein d'une société qui n'aura pas le temps de
les étouffer, ils nous jettent leur défi à la face. Vingtcinq
ans à eux deux, quelle provocation, pour nous qui cheminons,
brandissant notre bâton de pélerins perdus !
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Référence
de cet article:
Frantz-André Burguet
Magazine littéraire
Juin 1979, page 37.
Retour
La
magie
de Valérie Valère
- L'histoire
d'un écrivain qui ne trouve plus ses phrases.
Valérie
Valère n'a pas vingt ans et son Pavillon des enfants
fous vit déjà dans de milliers de mémoires.
Et déjà sa Malika ou un jour comme les autres
nous a menés dans les eaux mêlées où
un frère et une soeur adolescents vivent les jeux et
la magie que le regard des adultes réduit au scandale
et à la mort.
Cette fois, Valérie Valère a voulu se montrer
en jeune homme, un jeune homme que l'écriture soudain
abandonne. Gene Carl, dont "le stylo comblait les vides",
qui se grisait de ses "lignes-innombrables",
demeure comme figé au bord d'un puits sans eau. "Où
sont les phrases ?"
Gene et
son obsession de la page blanche, devient pour nous bien plus
que l'écrivain dépossédé... Après
tout, qu'importe à qui n'a pas l'écriture pour
névrose qu'un homme trouve ou non ses phrases ? Mais
imaginez un aphasique. Les mots se forment en lui: ils sont
là, avec leur contour et leur son. Et il ne peut les
prononcer. Or, s'il ne les formule pas, nul ne les connaît:
comment communiquer ? Et il a besoin d'atteindre, de toucher
les autres: ils lui prouvent qu'il est. Le voilà, le
supplice de Gene. Ecrire, c'est dresser le barrage contre le
délire, contre l'enfermement. Ne plus trouver "ses
phrases", c'est sombrer dans l'abandon à soi, dans
la possession par le non-sens: la folie.
Gene se débat. Avec son directeur littéraire -
qui pourrait aussi être son fantasme - il fait semble-t-il
l'amour. A moins que ce ne soit imaginaire ? N'importe: l'éditeur
le presse, le menace, le raille: "Le succès de
ton premier livre t'es monté à la tête."
De bar en bar, parmi les drogués et les dragueurs, Gene
tombe dans un appartement communal où se rencontrent
tous les enfants perdus des élans pervertis. Et là,
il perd pied, imagine qu'un peintre lui vole ses phrases pour
en couvrir sa toile. Il fuit, il tente de fixer sa mémoire
sur un magnétophone à demi volé, et pour
finir casse les vitres au sens le plus littéral du mot,
s'entaille les mains...
Interné dans une clinique, Gene prend les couloirs pour
des rues et le psychiatre Aurel ou pour un personnage ou pour
un double, un rival en écriture. Le médecin décrète
qu'écrire n'est pour Gene qu'un "travail" que
Gene s'imposait. Alors Gene finit son livre, trouve même
le sujet du suivant, arrive devant la maison d'édition.
Là une voiture le renverse. "Les feuilles du
manuscrit volèrent autour de lui, recouvrant son corps
du linceul de son amour."
Les fantasmes de Valérie Valère, à travers
les cahots d'une écriture enchantée, enfantine,
nous envoûtent dans son "obsession blanche".
Qu'il y ait des creux dans ses 243 pages importe peu. La magie
prend. L'adolescent qui crie sans qu'on l'entende, ce n'est
plus un écrivain en mal de phrases. C'est tout être
qui a besion de parler pour que les mots relient sa vie aux
autres.
|
Référence
de cet article:
Dominique Desanti
Le Monde
19/6/1981
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Valérie
Valère est morte
Elle avait un beau visage ténébreux, un regard
toujours apeuré, une bouche fatiguée. Elle s'appelait
Valérie Valère, elle avait vingt et une petites
années, et on l'a retrouvée, l'autre matin, dans
sa maison de campagne, morte d'avoir chaque jour abusé
des excitants et des calmants, morte de n'avoir jamais oublié
l'horreur des traitements qu'on lui avait fait subir dans son
enfance, morte enfin de n'avoir jamais vraiment cru, pour l'avenir
et pour elle-même, en des jours meilleurs.
Elle a treize ans quand sa famille exige et obtient qu'on l'interne
dans un hôpital psychiatrique. Les raisons invoquées
par les parents ? Leur fille est anorexique, maussade, solitaire,
inadaptée à la société. Sortie du
cauchemar médical et familial, Valérie écrit,
à quinze ans, le Pavillon des enfants fous (Stock),
un document poignant dans lequel elle raconte l'enfer psychiatrique
où sont plongés nombre d'adolescents. Dans le
Monde, Christiane Rochefort est subjuguée:
" Est-ce que ce ne serait pas la première fois
qu'on entend cette voix-là, cette force-là émanant
de la toute faiblesse ?"
C'est peu dire que le livre est un succès: vendu en France
à plusieurs centaines d'exemplaires, traduit en une dizaine
de langues étrangères, il impose partout le nom
de cette femme-enfant dont la sûreté d'écriture
étonne et bouleverse.
En 1979, elle signe un second livre, un roman cette fois: Malika
ou un jour comme les autres, dans lequel deux adolescents
-un frère et sa soeur- échappent à la rigueur,
au conformisme, à la violence des adultes, leurs ennemis.
La littérature est devenue la bouée de sauvetage
de Valérie qui, tout en poursuivant ses études
au lycée Racine, en prenant des cours d'équilibrisme
chez Pierre Etaix et Annie Fratellini, et en s'essayant même
à la comédie (Pierrette, sur TF1), a compris
quel exutoire et quel voyage l'écriture pouvait être.
" Il se soûlait de fantasme, de café et
de cigarettes afin que les mots le grisent sans cesse d'une
joie plus intense. Et l'ivresse l'emmenait loin dans son refuge
hors de l'espace et hors du temps, elle l'emmenait loin de sa
sinistre vérité."
Celui dont parle Valérie Valère s'appelle Gene
Carl: c'est le personnage de son troisième roman, l'Obsession
blanche (Stock, 1981), un écrivain qui peut bien
être le double d'elle-même, puisqu'après
avoir publié un best-seller, avoir été
encensé par la presse, Gene se heurte à l'impuissance,
se voit confronté au mur de la page blanche, désespérément
vierge. De jour en jour, Gene entre lentement dans la folie,
pour finir à l'asile où il retrouve enfin ses
mots et sa verve. Sur le thème de la stérilité
littéraire, exorcisant peut-être ses propres démons
et ses hantises les plus secrètes, Valérie Valère,
paradoxalement, nous donnait alors, coulé dans une écriture
froide, précise, et en même temps si fragile, un
livre puissant, un roman réussi.
Vous connaissez sans doute le mot de Rilke, dans ses Lettres
à un jeune poète: " Il suffit de sentir que
l'on pourrait vivre sans écrire pour qu'il soit interdit
d'écrire."
Valérie Valère ne pouvait vivre sans écrire:
avait-elle, alors, la force de résister, dans la solitude
quotidienne qui était la sienne, à l'Obsession
blanche ? Non, sûrement pas: à vingt et un
ans, la jeune fille brune connaissait l'exigence et l'impatience
de ceux qui, sachant leurs jours comptés, attendent des
mots une complicité, un soutien, pas un refus ni un pied-de-nez.
Valérie Valère est morte d'avoir trop attendu
de la littérature à une époque où
tant de faux écrivains vivent de n'en tirer qu'un prix
littéraire et un compte en banque.
|
Référence:
Jérôme
GARCIN
15/2/1983
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Obession
Blanche
de Valérie Valère
|
L'écriture est un grand voyage: parfois sublime, telle
une croisière en Méditerranée sous un soleil
estival, parfois terrible comme l'ascension d'une montagne robuste
et rebelle. Gene Carl, le héros de Valérie Valère,
connaît moins la béatitude des villégiatures
que les difficultées de l'alpiniste: ici, la page figure
un pic innaccessible. Le désir est forcené, mais
les mots ne viennent pas. C'est l'Obsession Blanche, l'angoisse
du "rien", la peur de la sterilité. Valérie
Valère, dix-neuf ans tout juste, nous donne une impitoyable
analyse de l'impuissance littéraire, et de la kyrielle
de fantasmes qu'elle provoque à son insu. En écrivant
ce roman, Valérie a-t-elle voulu exorciser ses propres
démons, ses hantises les plus secrètes ? Dans tous
les cas, voici un livre dense et foudroyant dont les lecteurs-écrivains
ne sortiront pas indemmes.
|
Référence:
Jérôme
GARCIN
19/3/1981
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Merci
à David Sevelle de m'avoir fournit cet article !
Une
découverte de Christiane Rochefort
Le témoignage implacable d'une enfant sur le monde des adultes.
Je
me demande ce que les gens vont en penser, du livre de Valérie
Valère. Vraiment je me demande. J'y ai passé deux
nuits blanches. Car l'écriture entraîne irrésistiblement.
Et puis on veut savoir, si elle s'en sort, ou plutôt dans
quel état. Et parce qu'enfin, enfin, l'enfant lucide,
une enfant -15 ans au moment où elle écrit. -
avec le courage que peut donner le risque de mort encouru, rompt
le silence millénaire, et, à découvert,
sans le souci de sécurité qui force d'habitude
les mineurs à l'anonymat, s'exprime en clair et nous
balance sa vérité, sa vision de nous les adultes.
"C'est fou comme les adultes sont enfantins..."
"Ils sont enfantins, mais vulgaires..." " Je
les entends parler à l'entrée des cinémas,
dans les wagons du métro... et c'est de la méchanceté,
des jugements mesquins, une prétention dérisoire
et médiocre. Mais pourquoi vivent-ils? pour rien, pour
faire comme on leur a dit..." "Maintenant, je me suis
rendu compte de cette hypocrisie, de ce charlatanisme qu'on
nomme amour maternel ".
Est-ce que ce ne serait pas la première fois qu'on entend
cette voix-là, cette force-là émanant de
la toute -faiblesse ? Ce livre serait-il un événement
historique? Au milieu, j'ai fait une pause: car je n'en pouvais
plus d'apprendre que l'anorexie se "traite" par l'enfermement
( "et ils m'ont enfermée à clé,
comme si j'avais tué".); la menace ( "si
dans une semaine tu pèses toujours le même poids,
on te mettra une sonde". " Si tu ne grossis
pas d'un kilo, tu ne verras pas ta mère. Ils sont fous,
ils croient que je veux la voir..." ); la privation
sensorielle ( "Tu resteras dans ta chambre en pyjama,
tu n'auras pas le droit de lire ni de faire quoi que ce soit..."
"J'aimerais respirer l'air de la cour, mais les fenêtres
ne s'ouvrent pas... J'aimerais tant écrire ce que je
ressens mais il n'y a rien dans cette chambre...");
et l'entonnoir ( "Elle m'attrape la main et m'écarte
les dents avec la fourchette..." " Mes larmes m'étouffent
en même temps que des patates dégueulasses... Comment
mon estomac va-t-il garder tout ça, toute cette haine
que je ravale avec un peu de gras et un peu de riz collé
? Comment supporter cette humiliation, cette punition qu'on
n'a pas méritée ?"). De quoi en vérité
redonner le goût de vivre à quelqu'un qui voulait
mourir.
"Comment
n'ont-ils pas honte ? Moi, j'ai mille fois honte pour eux, je
suis meurtri de honte et de
révolte ".
Et le dit traitement "réussit"! L'hôpital
- où elle " fête " son treizième
anniversaire - étant pire que le monde, et la mort même
y devenant sordide, elle choisit de céder, et se laisse
bourrer comme une oie pour se retrouver libre, de vivre ou non.
Nous avons de la chance : sa liberté sera sa machine à
écrire... ils l'ont " guérie ", comme
on dit. Ils lui ont sauvé la vie, de force. Ils sont fiers
de leur oeuvre. Ne vont-ils pas la regretter ? Le Pavillon des
enfants fous est un implacable document médical, établi
par le patient lui-même.
Elle s'est guérie : elle a traversé cette épreuve
d'initiation, genre fourmis rouges mais manigancée par
le hasard et l'ignorance.
Et c'est l'irruption d'un écrivain.
Je me demande ce que les gens vont penser. Les adultes. Crieront-ils
au petit prodige, pour tenter de réduire l'enfant lucide
à l'exception ? Seront-ils sourds ? Ecouteront-ils cette
voix, qui aurait pu être la leur ?
" Si j'avais découvert des gens, des gens comme
j'essayais de les imaginer... je n'aurais pas ouvert les portes...
d'une mort certaine."
|
Référence:
Christiane Rochefort
Le Monde
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à David Sevelle de m'avoir fournit cet article !
Valérie
est morte
|
Valérie
est morte. Si tous les médias publient la nouvelle, aucun
n'en mentionne les circonstances.
Or beaucoup d'entre nous ont le souvenir de cette petite fille,
qui parut, un vendredi soir, à "Apostrophes".
C'était à l'occasion de la publication de son second
roman Malika. Ce soir-là, elle parla peu de son expérience
de l'hôpital psychiatrique, qu'elle avait relatée
dans son précédent roman (sic), le Pavillon des
enfants fous. Bernard Pivot interrogea plutôt l'écolière,
qui avoua n'être pas très bonne en "français",
car les exigences d'une dissertation sont strictes, et ne s'accordaient
sans doute pas avec ce qu'elle portait en elle. Il montra aussi
sa prestation théâtrale. On pouvait penser que, par
l'écriture, par le théâtre, Valérie
Valère était sortie de son drame.
Celui-ci ne continuait-il pas plutôt à miner en sourdine
la jeune fille? Cet appel qu'elle avait lancé aux autres,
par son anorexie, avait-il été entendu ? En effet,
son troisième roman montre l'impossibilité d'écrire
où se trouve le héros - Valérie connaissait,
sans doute, à nouveau, la difficulté de vivre avec
son "mal". Les premiers romans avaient remporté
un succès certain auprès du public, mais "
les autres " l'avaient-ils entendue ? Le silence autour de
cette mort nous laisse perplexes...
Quand comprendrons-nous, nous tous, à de rares exceptions
près, que la dépression nerveuse est une véritable
maladie de la communication, que nous pouvons aider ces "
blessés de la vie" ?
Sans doute leur personnalité fragile nous gêne-t-elle,
et nous préférons les renvoyer à leur néant...
|
Référence:
MICHELE
HELLO
(La Roche-sur-Yon)
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à David Sevelle de m'avoir fournit cet article !
Existentialism
and Escape to Essence in the Works of Valérie Valère
by
Richard A. Mazzara
T HE PURPOSE OF THIS ARTICLE is to introduce readers to the
little known but timely work of Valérie Valère,
which echoes not only the intellectual and esthetic trends of
the twentieth century but certain particularly important humanitarian
concerns of our day. The strong philosophical bent of the disturbed,
short-lived novelist make her an introspective, lyrically expressive
narrativist, not unlike Sartre and Camus on the one hand (McMahon),
or Hesse, Gide and Woolf on the other (Freedman). Valère's
preoccupation with the way the physical world brings about differing
and frequently most unexpected responses in a person's consciousness
remind one also of the nouveau roman of Sarraute and Robbe-Grillet.
She is interested chiefly in the effects produced by events
on her principal characters, then, in whose minds the conflicts
of her works are based and by whose hermetic, even claustrophobic
points of view both plot and structure are largely determined
(Schole and Kellogg). As Valère probes the complex, shifting
realities of human beings, and the relationships between their
realities and language, that of others and their own, used to
describe and fix them (Frye), she focuses especially on children
and adolescents. Choices are made, existences created, and essences
distilled, to which the young characters cling so desperately
that, like Valère herself, they are willing to die in
order to preserve them (Wilson).
In her first work, Le Pavillon des enfants
fous (Paris: Stock, 1978), the author (age seventeen), who
is also the unhappy narrator (age thirteen) in this tragic autobiography
of her confinement in a mental institution, experiences nausea
frequently as an anorexic rebelling against her dreadful family,
society, and the hospital, all conspiring to force her to eat
and co form. The narration is conducted largely as an exterior
monologue, the narrator recreating scenes from the past and narrative
present as needed, but changes to interior monologue during Valérie's
most anguished moments when reality becomes intolerable. Rarely
does she find a sympathetic human being; one adult alone, her
mathematics teacher, treats her as an equal. The only pee with
whom she feels some solidarity are her brother, several other
anorexic girls, all mistreated as she has been, and one young
aide in the hospital. If eventually Valérie gives in to
adults, it is to regain her freedom for the purpose of trying
to commit suicide through starvation again, which is her existential
goal. Meanwhile Valérie attempts to sustain herself in
the hospital that is a prison by dreams of liberty and release
from the nightmare of existence, which is more a prison than ever
one that she will never forget. Indeed, after several more years
of such existence and two novels later, Valérie Valère's
life came to an end.
Malika ou un jour comme tous les autres (Paris: Stock,
1980), with its relatively well defined plot, two carefully
developed principal characters as the narrators and an interesting
format, best fits the pattern of a structured conventional,
novel among Valère's works. Malika, age nine or ten,
and her brother, Wilfrid age fifteen, live in a world of their
own, though not entirely of their making. In alternating chapters
throughout the book, each gives the reader his or her interpretation
of a situation or an episode, experienced jointly or separately
feelings and aspirations. Like Valérie, they use colloquial,
often tough language in dealing with the anguish and absurdity
of life, and move from exterior to interior monologue as they
cope with reality relatively well or badly, They pave a housekeeper,
who does not reside and has little contact with them, in lieu
of a non-existent mother and a virtually non-existent father,
the latter returning from his travels only occasionally, usually
with a girlfriend, to see that the children have enough money
and to check perfunctorily on their progress in school. Although
they hate it and their boring, tyrannical, hypocritical teachers,
representatives of the adult world and society also, they feel
compelled to attend school and to maintain good standing, Otherwise,
they keep largely to themselves, doing homework, performing
various chores about the apartment, (the housekeeper does not
seem to do much), reading, drawing, or painting, listening to
music, or else roaming about Paris, going to the movies or restaurants
(the housekeeper cooks only spaghetti),1indulging in shopping
sprees, Wilfried's brief, unfortunate, but intense love affair
with the older, sophisticated Hélène makes the
incipient incestuous relationship between the incredibly mature
Malika and her brother surface, after which they retreat increasingly
to their lonely dream world, in or out of the apartment, where
the ugliness of the real world cannot touch them. Yet Wilfried
realizes that this is only wishful thinking and that, to prolong
the idyllic winter holidays, they must escape to their father's
country estate, where neither he nor school authorities can
reach them, This, too, is a vain hope, of course, which precipitates
their final liberation; for the police do find them-in bed together.
With this damning evidence, not to mention the rest, their indignant
"father" plans to put Wilfried in a reformatory and
henceforth "protect" his supposedly violated little
girl. Thus, the children have no choice but to commit suicide:
Wilfried takes the poison that they had saved in the event of
separation, and Malika, desperate to rejoin her brother-lover,
runs into moving traffic and is killed.
In Obsession blanche (Paris: Stock,
1981) Valère's protagonist, Gene, a young novelist who
has successfully published a first book, is experiencing writer's
block as he attempts to create part two of a second work. Besides
smoking cigarettes and drinking coffee or whiskey in his stark,
lonely apartment, Gene's virtually sole activity is writing; and
the author, here in third-person narrative which probes and reflects
the character so fully that the reader may accept it as first-person,
studies his compulsion (possibly hers also) to fill up the block
of white sheets. Apparently in need of reassurance, a change of
scene and, above all, some human contact-there is never a reference
to family or friends in Gene's life-the young man sends part one
of his novel off to his publisher for an opinion. Responding to
the new editor' s reply, Gene calls for an appointment and begins
to see Prisca socially, soon entering into a homosexual relationship
with him. Degraded as a man, belittled as a human being, frustrated
as an author, Gene nevertheless feels an attraction as well as
revulsion-Gene's need is in fact that of a son for a father-for
Prisca. Unable to write during the day and forced to accompany
Prisca to pornographic shows at night, Gene begins to believe
that his editor-lover is stealing the work that he imagines he
is producing. Yet even when they separate, Gene continues to seek
Prisca in other men, scrubbing himself raw after each encounter
as he had after making love with Prisca. Unsuccessfully, he seduces
a woman to see if he feels clean in a heterosexual affair, then
decides to push his masochism to the extreme by demanding payment
as a prostitute with his next male partner. His madness and frustration
increasing, Gene attacks his dictaphone equipment and type- writer,
catching and lacerating his fingers in the keys. Horrified at
having ruined his beautiful hands, he rushes himself to the hospital
where he undergoes surgery, and where he makes contact with a
psychiatrist. A friend of Prisca, now guilt-ridden and anxious
for Gene's sanity to be restored, Dr. Aurel succeeds in replacing
completely-better than Prisca had-that other Gene who keeps him
from working. By pretending to write Gene's novel, except for
the conclusion, the doctor somehow makes Gene, who had thought
that Aurel, too, was stealing his work, aware that only he can
write it. Gene gets to work and completes the job in short order,
simply to realize that he is satisfied only when creating, but
that once an obsession has been cured, he is faced with another
block of white paper to fill and a new obsession. Fortunately
for his sanity, as he races to discuss his la test work with Prisca,
he is killed in the traffic. Valère's now well established
pattern is repeated for the third and last lime in her work, although
not in her short life.
The first two of Valère's works are most timely in their
presentation of some of the problems and solutions of children
and adolescents in the world today, problems and solutions that
she experienced personally or observed closely, and that caring
adults are increasingly concerned with. Moreover, one suspects
that as a writer she was possessed by the obsession blanche,
an obsession that the reader can appreciate as representative
of many that may possess any sensitive person, young or old.
The author-narrator of Le Pavillon des enfants fous has lived
with self-centered, uncaring parents. As the family background
is presented, whether through the narrator's bitter recollections,
flashbacks in which scenes are recounted and dialogues quoted,
or visits in the hospital, the reader learns of the rang: of
sexual perversions, excluding incest, and games, involving lovers
and other couples, that have preoccupied the parents whose marriage
has ended in divorce. Even worse is the hypocrisy of both parents
in their pose-before society in general and their children in
particular-of propriety and especially of concern for their
son and daughter. In fact, all they have ever cared about is
that the children "behave" and cause them no trouble
After their divorce they try to use them as weapons, blaming
one another or her brother, with whom she shares some solidarity,
for Valérie's condition. At every opportunity they absolve
themselves of any guilt and, if they shower attention on the
girl, it is chiefly a show for others and to have her "cured"
and out of the hospital as soon as possible to minimize the
shame they experience in society. In Malika the young sister
and older brother clearly have joined forces because of the
almost total absence of parents. The father, when he is mentioned
or puts in a rare appearance, closely resembles Valérie's
parents, and there is no caring adult to take a parent's place.
It would seem in many respects a carefree life for Malika and
Wilfried, but they are forced too soon to be adults in ways
that a responsible adult would judge undesirable. Above all,
they are forced to rely "'on each other for their every
need. At their ages the burden is too great emotionally, and
their tragic end is inevitable. In Obsession blanche it is Prisca
who represents the perverted, unfeeling adult who, after having
contributed in large measure to Gene's mental and emotional
imbalance, experiences guilt an~ makes impatient efforts to
solve Gene's problems and thus belatedly relieve his own conscience.
Apart from the family, other institutions violently criticized
by Valère in these works are those that traumatized her
the most personally, notably the mental hospital in Le Pavillon.
The reasons for Valérie's illness are clear and, if she
is to be prevented from starving herself to death, her anorexia
must be treated medically, for her mother cannot and will not
cure her. The question asked repeatedly by the girl is whether
she does not have the right to do with her life what she will.
Having rationalized her desire for suicide, she does not consider
herself mad. She is furious at the incarceration, the force,
the lack of privacy, and especially at being put in the company
of children who are retarded or crazy as well as with the emotionally
disturbed. The reader is sympathetic, experiencing pity and
fear at Valérie's past and present, wishing her to live
but aware that her life to date has not been worth living. He
is relieved when she decides to eat and try freedom again, for
there is still hope; yet he realizes that there is little when,
as a minor, she must return to her mother and conform or be
faced with being committed again. The conclusion is bound to
be a tragic one, as is that of Malika. The responsible adult
reader knows that children cannot make a life for themselves
without genuine parental involvement, however conservative or
liberal. Like the hospital in Le Pavillon des enfants fous,
the school is viewed as a prison in Malika. In the latter much
more attention is given to that gloomy institution, its uninspired
activities, and its dull, hypocritical practitioners, whether
professors or students. Although occasionally they are sought
out by classmates, neither Wilfried nor Malika have any real
friends among their peers, who seem resigned or content with
their lot at home and school, and with whom the protagonists
have nothing in common or to whom they feel superior. Wilfried
thinks of his "copains" merely as rivals for grades,
while Malika uses them, male or female, to get her work done.
They value what they do out of school far more than what they
do in, and the informed adult must admit that most of their
extracurricular activities are very worthwhile as well as more
fun. ~ Most of all they value each other's company and, after
they fal1 in love, cannot bear the return to "prison."
Again, the reader is sympathetic, but knows, as they appear
to, that their solution can bring only troubled, short-lived
happiness; yet their moments of earthly triumph may be worth
the risk of tragedy, which for them is another kind of triumph.
There is no evidence of a lesson learned by any adult in Valère's
novel, but surely those who read it acquire greater understanding
of the problems and aspirations of children.
The "obsession blanche" is the prison of the
creative person who is not happy unless he is achieving. A lack
of discipline makes Gene depend exclusively on inspiration,
which he forces. This neurosis is exacerbated to insanity when
for some reason the inspiration does not come. His madness takes
several forms as he tries to place the blame for his impotence
and makes Gene very vulnerable to Prisca's exploitation, whose
sexual aspect symbolizes the artistic. Aware of his prostitution,
Gene seems to attempt artistic suicide, but like most suicide
attempts, his is a cry for help. The hospital in this case is
a benign institution, far the patient finds a cure for his hands
and, albeit temporary, for his soul. Given his nature, the creative
inspiration, like the dreams of Valérie or of Malika,
can offer Gene only brief respite; the problem is an underlying
one and it does return. The only permanent solution to Valère's
anguish and sense of absurdity can be death.
The exploration and juxtaposition of different realities are
constant preoccupations of Valère, lending her work considerable
dramatic tension. Indeed, the author sometimes deliberately
stages brief scenes to highlight the drama. In a holiday mood,
Malika and her brother stop to admire a group of African street
dancers; the crowd admires them, thinks Malika, but does not
seem to under- stand as they do the sheer happiness of dancing.
Her thoughts soon become more somber. On the eve of Valérie's
discharge from the hospital a troupe of entertainers have arrived
to provide a Christmas party for the children. Too cowardly
now to refuse to attend, as one of her violent fellows has refused,
Valérie recognizes her former dark-circled eyes and pallor
in the mimes' make- up and wishes she could be like them again.
Ironically, the world considers her cured, well enough to rejoin
society, while she hates herself for not being true to herself
and her dream and feels completely disoriented and frightened
as the entertainers force her to join them. How can they be
pleasant to the awful doctors? Will she be able to face reality
on the outside? Later, accepting the actors' invitation to visit
them at the theater, Valérie thinks to make the stage
a new dream, but there is no escape for her. She has left the
madhouse that was a prison only to find herself a prisoner of
sadness in the "real" world of madmen living their
illusions and delusions. Riding with Prisca, Gene rediscovers
the lost child in himself, the boy who needed a father and has
found him. He wants to hold on to the child, but he is no more
than a character in a novel and the delirious dream is soon
lost in eternity. Disappointed and disoriented, Gene is nevertheless
glad to be with and depend on Prisca. A second sadness takes
hold of him, one that is actually relief and sweet, calm joy.
At this point they see some street actors in front of Saint-Germain
and their audience who envies their freedom with its eyes but
insults them with its voice to hide the envy. Gene and Prisca
are actors, too, actors in the comedy of life who have grown
distant and indifferent through despair, unaware that they still
have roles in the play. As they enter the night club, Gene'
s attitude toward Prisca changes radically, ominously, and the
tenderness disappears.
Like many contemporary writers, Valère
is most preoccupied with the way "things" in one's surroundings
elicit changing, often surprising reactions in an individual.
Exterior action is of slight importance, although much space is
devoted to the effects of such action, which is often reduced
to the category of a thing either by repetition or recurrent description
and analysis. The drama in Valère's lyrical works takes
place almost entirely in the mind of the principal character or
characters from whose hermetic perspective on complex, shifting
realities the story is told and structured. Less overtly philosophical
than other contemporary authors, Valère probes the psychological
so deeply and thoroughly from either the first- or third-person
point of view as to reveal classic existential types, to the extent
that existentialism permits of types. Whether accidental or deliberate,
the deaths of Valère's young protagonists must remind the
reader of the frequent suicides of today's adolescents. Are they
the result of cries for help heard too late or genuine efforts
to escape the many problems felt by young people to be insurmountable?
Both in reality and in the literature which reflects it, they
must be considered statements of these problems, but also, in
existential terms, means of fixing essences created by existences
of rebellion and artistic creation.
|
Référence:
FRENCH REVIEW
OAKLAND UNIVERSITY
Works Cited
Freedman, Ralph.
The Lyrical Novel: studies in Hermann Hesse, André Gide and Virginia
Woolf
(Princeton: Princeton OP, 1963).
Frye, Northrop. The We//-Tempered Critic (Bloomington: Indiana OP, 1963).
McMahon, Joseph H. Human Beings: The World of ]ean-Paul Sartre (Chicago:
O Chicago P, 1971). Scholes, Robert, and Robert Kellogg. The Nature
of Narrative (New York: Oxford OP, 1971). Wilson, Colin. Introduction
to the New Existentialism (Boston: Houghton Mifflin, 1966).
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