Sa Vie - Adolescence

Elle est rentrée chez elle à Paris, au bout de 15 jours et resta sous la surveillance de ses grands-parents pendant l'absence de ses parents. Elle pesait 31 kilos et sa mère, de retour, l'a conduite dans un hôpital psychiatrique.

"Devant l'hésitation de ma mère, le professeur décréta que, de toute façon, il n'y avait pas le choix, que si je ne me rendais pas à l'hôpital moi-même, dès le lendemain, on viendrait me chercher, que ma mère serait coupable d'un assassinat si elle me laissait ainsi. " (Le pavillon des enfants fous).

Imagen de Valérie Valère de vacaciones en el campo

Anorexie... c'est un dernier appel, une manière de dire :

"Je ne veux plus vivre !"

Le premier dialogue qui se produit entre la mère et l'enfant se fait durant l'allaitement. Ce n'est pas seulement un moyen de subvenir à ce besoin naturel mais c'est un moment où l'enfant se nourrit d'amour, du moins quand il y en a...

Valérie ne voulait pas d'un corps d'adulte. C'était devenir adulte, donc devenir comme tous ceux qu'elle détestait tant. Cesser de manger, c'était cesser de grandir.

Dans le monde psychiatrique, Valérie symbolise le cas irrécupérable, le mauvais exemple.

Isabelle Clerc écrit dans son ouvrage "Valérie Valère, un seul regard m'aurait suffi" :

" Depuis que Valérie est née, tous les gestes tentés vers sa mère sont restés suspendus dans le vide. Pas de prise réelle, authentique à laquelle s'accrocher. Alors à son tour, elle lui donne à toucher le vide.À sa façon, en refusant de se remplir, elle renvoie sa mère à ce vide qui lui a été proposé et auquel elle s'est identifiée. "

Dans cet hôpital, Valérie a mené une lutte.

Elle racontera cette lutte, ces 4 mois infâmes dans " Le pavillon des enfants fous ".

Manière de soigner :

" Mange, mange, mange... ensuite tu pourras sortir ".

Un compromis, un chantage surtout. Valérie luttait contre le personnel hospitalier, contre leur chantage.

" Ils ne m'auront pas ! " revient sans cesse comme un refrain dans " Le pavillon des enfants fous ".

Guérison ? Atteindre une prise de 10 kg, après quoi Valérie sera considérée comme guérie. Fausse guérison, évidemment.

À son entrée à l'hôpital, ses livres lui ont été confisqué. Enfermée, elle perd peu à peu notion du temps.

Les visites de sa mère, maquillée et bronzée, sont chargées de reproche ("Tu veux me rendre malade ?", " Je ne céderai pas.").

Ses parents étaient en plein divorce et ils n'hésitaient pas à se disputer à son chevet.

Valérie n'arrivait pas à les atteindre, à toucher leur être profond. L'anorexie était une façon de dire : " J'existe ! ". Mais ses parents n'ont pas compris le message.

Pour sortir de cet enfer, de cet hôpital, Valérie a compris qu'elle n'avait pas le choix:  

elle devait manger.

Elle a rencontré d'autres anorexiques durant son séjour.s

Leur seule motivation pour manger était de sortir et se venger.

" Le regard ébahi sous la calotte blanche éclatait de victoire. Rien qu'à cause de cet air de triomphe dominateur, j'aurais voulu lui cracher mes bouchées à la figure. Mais non, c'est stupide, je me vengerai d'elle après. "

Valérie a dû se forcer à manger.

" Je n'ai pas su leur résister, ils sont arrivés à ce qu'ils espéraient et j'ai suivi leurs ordres à la lettre comme un caniche sans pensées, comme une lavette empuantie par leur saleté."

Elle finit par peser 10 kg de plus. Elle est sortie mais pour retourner au sein d'une famille qui était à présent brisée par le divorce des parents. En effet, son père était parti.

L'école du cirque

Après être sortie de l'hôpital, Valérie se sentait perdue. Elle a rencontré ensuite un acteur, chez qui elle est allée quelques fois. Et c'est cette rencontre qui la poussa à s'inscrire à l'école du cirque.

Elle choisit comme discipline la danse et le fil, deux disciplines qui lui convenaient parfaitement. Elle possédait la souplesse pour la danse et un parfait équilibre pour le fil. En classe, Valérie était solitaire, isolée.

Valérie était partie 4 jours avec Welly Rajman, son professeur de danse, à la Verberie, un village près de Beauvais afin de répéter pour un gala d'enfants. Le spectacle eut lieu dans un hôpital psychiatrique. Coïncidence ? Son passage laissa une certaine empreinte dans l'air. Ce que Valérie ressentait et ne le disait pas, elle le disait avec la danse, avec son corps.

" Pierrette " de Balzac...

Pierrette raconte l'histoire d'une petite orpheline qui s'en alla, tirée par son frère et sa soeur, à Paris. Revenus dans leur sous-préfecture, la ville ne reçoit que Pierrette. Jaloux, son frère et sa soeur la font souffrir et elle en meurt. (C'est du Balzac!!).

Imagen de Valérie Valère en la película Pierrete

Guy Joré, le metteur en scène, recherchait depuis des mois une fille qui devait jouer le rôle de Pierrette. Il remarqua Valérie à l'école du cirque. Il alla la trouver et lui raconta l'histoire de Pierrette. Valérie écoutait, silencieuse comme toujours. Après une audition, il l'engagea. Elle est partie tourner avec toute l'équipe dans le Massif centrale. Valérie était distante, solitaire. Enfuie au fond d'elle-même, elle était une énigme pour tous ceux qui l'entouraient. Elle supportait difficilement l'ambiance du tournage.

Imagen de Valérie Valère trabajando de actriz en Pierrete

Le monde du cinéma est un monde de jalousie, d'hypocrisie. C'est un milieu difficile, et il faut passer pardessus les moqueries et les jalousies.

Toutefois, Guy Joré était content de son travail.

Valérie tourna dans d'autres films, notamment avec Jeanne Moreau dans " Lulu ". Finalement, elle abandonna ses chaussons et le fil de fer.

L'écriture

Elle marchait, elle errait dans les rues, avec un petit carnet en poche. Elle cherchait dans les rues grises et tristes quelque chose qu'elle ne trouvait jamais. Deux ans sont passés depuis son internement.

Voilà sa mère partie en vacances, laissant Valérie seule pendant 3 semaines. Valérie écrivit alors, sans s'arrêter, " Le pavillon des enfants fous".

" Ces quatres mois restaient tellement présents en moi, tellement que j'ai compris que si je ne disais pas le temps dans le pavillon des enfants fous, il me gênerait, s'interposerait entre moi et la vie. Il fallait que j'en sorte."

Lorsque sa mère est rentrée, Valérie avait écrit la dernière ligne.

Elle venait d'avoir 16 ans, elle entrait en classe de philosophie au lycée Racine. Un matin, elle reçut un imprimé de Grasset. Le livre est accepté avec quelques modifications.

Elle refusa.

Valérie Valère de escritora

Quelques jours plus tard, De Stock accepta le manuscrit. "Le pavillon des enfants fous" est sortie en librairie le 9 novembre 1978.

Valérie a découvert une nouvelle passion: l'écriture.

" Écrire, dit-elle, c'est une très grande liberté, j'y ai trouvé la justification de vivre."

Elle continuait sa vie de lycéenne, tout en tissant des liens d'amitié avec son professeur de philosophie.

Après ses devoirs, elle prenait sa machine à écrire pour rejoindre son monde.

En deux mois, elle a écrit " Malika ou un jour comme tous les autres", sorti le 26 avril 1979.

Beaucoup se sont retrouvé dans " Le pavillon des enfants fous".

C'était l'heure du succès, la publication par centaines de milliers d'exemplaires. Mais sa mère n'a toujours pas compris, elle n'a pas été au bout du " pavillon des enfants fous".

Le 27 avril 1979, Valérie passa à " Apostrophes". Belle vengeance contre ces infirmières qui ont été si inhumaines.

Téléchargez la vidéo avec l'extrait d'interview à Valérière Valere sur la télévision française

Cette année-là, Valérie souriait. Une porte venait de s'ouvrir sur quelque chose de nouveau, sur un autre monde chaleureux où sa présence était fortement demandée.

Sa relation avec sa mère n'a pourtant pas changé, même si Valérie est parvenue à prendre du recul, le drame vivait toujours au fond d'elle.

Les demandes d'interviews ne manquaient pas. Valérie restait distante, acceptant parfois d'être interviewée, refusant d'autres fois.

Toutefois, Jean Couturier, journaliste, a su l'appréhender. Elle parla librement de "Malika".

" Malika, dit-elle, est un grand rêve qui finit parce que la réalité n'est pas comme ça. S'ils avaient continué leur vie, ils n'auraient pas pu poursuivre leur amour. Il est trop beau, trop pur."

Elle écrivait page après page, sans arrêt. Juste après " Malika" , elle préparait déjà " Obsession blanche".

Ses tiroirs cachaient encore bien d'autres pages:

"Aurel", essai inachevé 1977

"Passerelle des rêves", avril-juillet 1978

"Station D", août-janvier 1979

"Autobiographie", 1979

"Pierre Torran", 1979

"Laisse pleurer la pluie sur tes yeux", 1979

Elle passa son bac et l'obtenu en remportant les palmes scolaires et éditoriales. Valérie eut ses 18 ans, elle pouvait désormais toucher de ses droits d'auteurs.

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